Ce mummy blues auquel je ne m'attendais pas

par - 21 juin


S'il y a bien un phénomène qui n'échappe à personne et contre lequel tout le monde te met en garde, c'est le baby blues. Cette déprime post-accouchement qui touche un grand nombre de femmes, à laquelle on s'attend et dont tout le monde parle. En revanche, enceinte, ton entourage, les médecins, le monde entier s'attend à ce que tu sois heureuse, épanouie, reconnaissante de ce cadeau merveilleux que te fait la vie. On s'évertue à te répéter que c'est la plus belle période de ta vie et qu'il faut profiter de chaque instant, qu'un miracle est en cours et qu'il ne faudrait surtout pas sous-estimer sa chance.

Pourtant, dès le premier trimestre de ma grossesse, j'ai connu une grosse déprime que je pensais uniquement due aux hormones. Les nausées constantes, la fatigue permanente, la peur de l'inconnu aussi ont fait que je me suis retrouvée en larmes presque tous les jours durant deux mois, avant qu'enfin la vague ne passe. Naïve, je me pensais sauvée, et pourtant une tristesse bien plus grande encore s'est emparée de moi aux alentours du huitième mois. 

Ce phénomène dont personne ne parle, j'ai pourtant découvert en cherchant des témoignages sur internet qu'il avait un nom, le mummy blues, et qu'il touchait environ 13% des femmes enceintes en France. Je ne suis malheureusement pas parvenue à en apprendre beaucoup plus. On conseille d'en parler, de porter des couleurs vives, de sortir de chez soi et de bien s'alimenter ou peut-être de se faire suivre par un psychologue, mais c'est tout. Et devant le manque incroyable de conseils je me suis soudain sentie terriblement seule et démunie face à cette épreuve. 

Bouleversements physiques

Être enceinte, c'est voir son corps changer drastiquement en un temps record. Je le savais, j'étais consciente des changements qui risquaient de s'opérer, et pourtant sans trop savoir pourquoi j'ai cru que je passerais entre les gouttes, ou bien que ça ne me toucherait pas. Comment quelques mois de désarroi pourraient-ils me détourner du bonheur indicible de porter la vie ? Je sais pourtant que certaines femmes vivent très bien la grossesse, mieux encore elles adorent cet état, en témoigne la blogosphère d'ailleurs ! Elles se sentent belles, épanouies, radieuses dans ce corps en changement.

Mais ça n'a jamais été mon cas. A ce stade de la grossesse, j'ai pris vingt kilos. Pour moi qui ai toujours été plutôt bien dans ma peau et surtout très sportive, ç'a déjà été un choc de voir que tous mes vêtements étaient devenus trop serrés. Le plus déroutant, c'est l'interdiction tacite de se plaindre. On te répète que grossir, enceinte, est parfaitement normal, que ce n'est pas grave, qu'on perdra les kilos après l'accouchement et surtout qu'on aura bien d'autres choses dont se soucier une fois que le bébé sera là. 

Il n'empêche que pour l'instant, bébé n'est pas là. Je sens ses coups, pourtant, sa présence au creux de mon ventre, mais rien à part l'impatience ne détourne mon attention de ce corps que je ne reconnais plus. La rétention d'eau a fait gonfler mes jambes, j'ai la sensation d'avoir le visage bouffi quand bien même on m'assure que ce n'est pas le cas. Avec elle, la cellulite qui jusqu'alors m'était quasiment inconnue a fait son apparition. Mes cuisses sont striées de vergetures violacées malgré l'huile que j'applique méticuleusement matin et soir depuis le premier jour de ma grossesse, et celles-ci semblent se multiplier au fil des jours. Leur vision m'horrifie parce que je sais déjà que seul le laser pourrait en venir à bout. 

Mais surtout, j'ai l'impression que mon corps me fait défaut. On me répète qu'il est fort, miraculeux puisqu'il porte la vie, mais c'est moi qu'il a du mal à porter. Le positionnement du bébé, depuis plusieurs semaines, me donne d'énormes douleurs à l'aine malgré plusieurs manipulations chez l'ostéopathe. Mon dos me fait souffrir lorsque je reste assise trop longtemps, mais aussi lorsque je reste debout trop longtemps. Chaque mouvement tient de la lutte : se lever, s'allonger, s'asseoir, se tourner dans le lit, sortir de la voiture. 

Bouleversements psychologiques

A ça s'ajoute, surtout pour moi qui ai toujours été très angoissée, le travail de sape des hormones et toutes les préoccupations qui entourent la grossesse et la maternité. 

La fatigue constante est revenue, faire le ménage ou aller récupérer un drive m'épuise et je pourrais passer le plus clair de mon temps à dormir, d'autant que les douleurs ne m'aident pas. Mais forcément, avec la fatigue vient l'envie de ne rien faire. Alors que je devrais profiter des dernières semaines pour sortir encore et voir mes proches, je n'ai envie que de rester roulée en boule sous ma couette jusqu'à ce que mon chéri rentre le soir. Et pourtant, de façon très paradoxale, je déteste le fait d'être inactive et je passe mon temps à rêver du jour où je pourrais enfin reprendre le sport, me déplacer sans être en souffrance. 

Et puis bien-sûr l'approche de l'accouchement est terriblement angoissante. J'ai une peur bleue que de l'épisiotomie ou de la déchirure, ou de subir une césarienne d'urgence. J'ai peur de la douleur des contractions, que je ne connais pas. Comme nous habitons à 1h de route de la maternité, j'ai peur qu'on soit pris au dépourvu, que chéri soit au boulot quand le travail commencera et que le temps qu'il rentre, on n'ait pas le temps de descendre. Mais plus encore j'ai peur pour mon bébé, d'éventuelles complications, que les choses se passent mal ou de ne pas parvenir à m'en occuper à la naissance. Je suis sans doute encore très naïve mais je n'ai pas peur de ne pas créer de lien pourtant, j'ai cette certitude que je l'aimerais au premier regard... Certitude que je devrais savoir ridicule quand on lit tous les témoignages de celles pour qui ce n'était pas le cas. 

On n'en parle pas très souvent non plus, mais le couple est également bouleversé. Si la grossesse nous rend plus complices, elle change aussi beaucoup de choses. A ce stade, je suis trop fatiguée et j'ai trop mal pour les rapports, et si mon chéri ne s'en plaint pas c'est quelque chose qui manque malgré tout. Je me sens coupable de lui faire subir ma fatigue, ma tristesse et mes sautes d'humeur, de ne pas parvenir à mieux gérer les choses aussi...

Je n'écris pas ce post pour dramatiser ou effrayer les futures mamans ou celles qui voudraient l'être, mais plutôt parce que dans ces moments-là il est trop douloureux de croire que la grossesse est forcément une période d'épanouissement personnel et que nous ne sommes pas normales. Non, la grossesse n'est pas toujours bien vécue. Et ça ne m'empêche pas d'aimer déjà mon fils et d'avoir terriblement hâte de le rencontrer, et surtout de ne regretter en rien cette décision de devenir parents. Mais je suis impatiente que tout ça prenne fin, parce que je n'aime pas cette période transitoire durant laquelle je me sens comme perdue, en quête d'une identité nouvelle que je ne pourrais pas trouver avant d'avoir accouché. 




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9 commentaires

  1. Bonjour ; )
    je suis enceinte aujourd'hui de 10 semaines et pour l'instant, je le dis, je déteste être enceinte. Je vais peut-être changer d'avis en fonction de l'évolution de la grossesse, mais pour l'instant, ce que je retiens , c'est presque trois mois de : nausées permanentes en ayant en même temps faim tout le temps, brûlures d'estomac; crampes d'estomac, remontées acides, alternance de diarrhées/constipation, ballonnements, mal de dos, fatigue ultra intense, maux de tête, peau grasse avec plein d'acné comme si j'avais 15 ans de nouveau, stress permanent car j'ai beaucoup de douleurs à l'utérus et j'ai déjà déclenché deux infections génitales qui peuvent provoquer des fausses-couches, pré-éclampsie, accouchement préma... : donc traitement anti-bio qui du coup m'a fait choper une mycose dont je n'arrive pas à me débarasser , en plus ces saloperies d'infection ont 80% de chances de récidiver.
    Je ne suis pas immunisée contre la toxo donc super restrictions sur la bouffe alors que la majorité des aliments me dégoutent déjà et l'autre moitié je ne les digère plus... J'ajoute les douleurs aux seins qui te réveillent, les envies de faire pipi toutes les sec qui te réveillent, et enfin, dernier mais non des moindres, le fait de ne plus pouvoir user de son coprs comme on le veut : interdiction de courir ( mon sport adoré ) , de porter des charges lourdes ( alors qu'on retape notre maison ...), de boire, de fumer , etc, etc ... Ah et le fait d'enfler comme une baleine aussi, qui t'aide bien à garder le moral quand déjà t'as pas un rapport super zen à ton corps.

    Pourtant je suis super heureuse de cette grossesse, dans le sens ou moi et mon compagnon voulons vraiment cet enfant plus que tout, je suis sûre que je vais adorer être maman, mais la pour l'instant, au quotidien , la grossesse est un vrai chemin de croix, et moi aussi je pleure régulièrement, et ce n'est pas que les hormones, parce que j'en peux plus, que mes journées sont un calvaire avec beaucoup d'angoisse et de douleurs. Et effectivement cela met le couple à rude épreuve. J'espère très fort que la suite sera plus simple et surtout que tout ira bien à l'écho dans 2 semaines, mais voilà , tu n'es pas la seule à vivre ça et je pense qu'on est plein dans ce cas-là sauf que beaucoup n'osent pas le dire.
    J'espère que mon témoignage te fera te sentir moins seule, en tous cas moi cela me fait du bien de lire tes mots.

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    1. Merci beaucoup pour ton témoignage ! Je me retrouve énormément dans tes mots parce que j'ai également eu un premier trimestre très difficile. Personnellement ça s'est beaucoup amélioré les trois mois suivants (avant de replonger) mais je te souhaite d'aller mieux pour la suite et d'avoir droit toi aussi à quelques semaines/mois de répit pour profiter malgré tout de cette grossesse.
      Je pense que le fait de ne pas aimer être enceinte n'a rien à voir avec le fait d'aimer l'enfant à naître et je suis heureuse si mes mots ont pu te faire sentir un peu moins seule.
      Bon courage pour la suite, je te souhaite le meilleur.

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  2. Quand est ta DPA ?
    Pour la douleur des contractions dans la plupart des cas c’est... très douloureux. Je préfère te prévenir car je m’étais berçée d’illusions en ayant lu de merveilleux récits d’accouchements à la naturelle. Dans ces conditions l’épisio, ton intimité qui se fait visiter par un troupeau de buffles, la péridurale etc n’a plus d’importance. Mon seul souhait était d’accoucher par voie basse. Comme toi, tout sauf la césarienne.
    Pour le blues que tu traverses je recommanderais ce merveilleux remède naturel qu’est le soleil ☀️. As tu un jardin, une terrasse, ou une pièce ensoleillée chez toi ?

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    1. C'est le 21 juillet !
      J'ai la chance d'avoir un jardin, dans lequel je ne vais que très rarement c'est vrai... Maintenant que tu me le dis peut-être que je devrais passer un peu plus de temps au soleil, je suis sûre que ça me ferait du bien !

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  3. Bonjour,

    Je vous ai contactée au sujet de ce billet, j'espère que vous avez bien reçu mon message.

    Bien à vous,

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  4. Merci pour ton témoignage je me sens moins seule ❤️

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  5. Bonjour,

    En effet la grossesse n'est pas toujours une partie de plaisir.
    Ma première à été très handicapante, j'ai souffert d'une pubalgie qui, comme vous le décrivez, rend chaque mouvement ultra douloureux.
    Je me suis retrouvée parfois à devoir écourter mes courses faute de pouvoir marcher sans avoir envie d'hurler... Oh j'ai eu des soins, de l'acupuncture, de l'ostéopathie, je nageais toutes les semaines... Mais il aura fallu plusieurs mois de rééducation chez un kiné pour que j'aille mieux !
    Cette expérience m'aura appris que si on a mal, c'est pas normal !!! Le gynéco que je voyais à l'époque m'avait assuré que l'accouchement réglerait tout, hélas, non.


    Ma deuxième grossesse aura été la plus difficile psychologiquement, vivant des montagnes russes émotionnelles du début à la fin.

    Ma troisième grossesse a été le théâtre d'autres symptômes : des crises d'insomnie dès la fin du premier trimestre. C'est assez handicapant egalement...


    Si le bonheur de tenir son bébé dans les bras est incroyable, personnellement je dis sans honte à mes copines que non, la grossesse c'est pas cœur cœur papillons paillettes en permanence !

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    1. Merci pour ton témoignage !

      En effet ça peut rapidement devenir très handicapant, pour ma part les douleurs sont toujours là et on me certifie que c'est à cause de la position du bébé, du coup j'espère vraiment que c'est le cas et que ça passera après l'accouchement...

      Et bien-sûr, tenir son bébé dans ses bras est incroyable, mais il faut quand même passer ces neuf mois sans qu'il soit là et subir tout ça malgré tout !

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