Et parfois, tout se passe bien

par - 31 août


J'ai passé une grande partie de ma grossesse à traîner sur des blogs de mamans, ou de futures mamans. Et j'ai lu tous les articles possibles et imaginables sur l'accouchement et le post-partum. Malheureusement, ils étaient quasiment tous alarmants, et je m'étais fait une montagne de ces deux périodes. 

Et puis j'ai accouché, et tout s'est bien passé, alors je me suis dit que mon accouchement ne valait sans doute pas la peine d'être raconté... Et c'est là que j'ai compris que c'était peut-être parce que beaucoup de femmes pensaient comme moi qu'on ne se retrouvait qu'avec des récits terribles sur internet. Alors non, je ne cherche pas à prétendre que ce n'est pas difficile, que ce n'est pas douloureux. Bien-sûr que ça peut très mal se passer, que les violences obstétricales existent, qu'il y a souvent des complications... Mais si tu es enceinte ou que tu aimerais l'être un jour, je voudrais surtout que tu saches que ce n'est pas une fatalité. En réalité parfois, souvent même, tout se passe bien

J'ai été déclenchée le jour du terme, parce que bébé n'avait pas du tout l'air prêt à sortir, que mon obstétricienne partait en vacances le lendemain et que je vis très loin de la ville, et donc de la clinique. C'était plus confortable, mais aussi plus sûr, de me faire entrer à la maternité la veille plutôt que de me faire risquer le long trajet en plein travail. 

Je suis entrée à la clinique le jeudi soir à 17h, et j'avais entendu tant de choses affreuses sur le déclenchement que j'étais affolée. Et pourtant, ça n'en valait pas la peine. On m'a mis le gel à 22h, et je suis restée une partie de la nuit en salle de monitoring pour vérifier que le bébé réagissait bien. J'avais des petites contractions depuis quelques semaines déjà sans que ça influe sur le col, et j'ai commencé à avoir de vraies contractions douloureuses à 4h du matin. Malheureusement, quand la sage-femme est venue à 8h dans la chambre, le col n'avait pas bougé et je commençais à paniquer. 

Finalement, le reste s'est fait naturellement. A 10h30, j'ai perdu les eaux sans intervention médicale et à partir de là tout s'est enchaîné. Moi qui pensais avoir des contractions douloureuses avant, j'ai découvert que ce n'était qu'un ridicule amuse-bouche et j'ai compris le vrai sens du mot douleur juste après avoir perdu les eaux. Il paraît qu'il faut attendre le plus longtemps possible pour poser la péridurale, autrement ça ralentit le travail... Très sérieusement, mes contractions étaient tellement rapprochées, et tellement douloureuses, que je l'ai demandée très vite. Je hurlais de toute façon si fort qu'ils n'ont pas cherché à me convaincre d'attendre. Oui, c'est douloureux. Oui, j'ai cru que j'allais mourir. Oui, j'ai eu envie de mourir.

Mais parfois, tout se passe bien. L'anesthésiste était disponible, je suis descendue aussitôt en salle de travail, on m'a posé la péridurale et à 11h45 elle faisait effet. Mon dieu, quel bonheur, quelle invention formidable ! Attention, j'admire les femmes qui décident de s'en passer, mais j'en aurais été incapable. Non, la péridurale ne m'a pas fait mal. Je n'ai même pas vu la taille de l'aiguille tant j'étais occupée à souffrir le martyr, j'ai à peine senti qu'on me piquait... Et elle a été merveilleusement dosée. Je sentais les contractions, je pouvais bouger les jambes (mais je n'aurais pas tenu debout) mais je ne sentais plus la douleur.

J'ai passé neuf heures avec mon chéri en salle d'accouchement, à discuter et dormir un peu pour récupérer de ma nuit sans sommeil, et à 19h30 on est venus me dire qu'il allait falloir se mettre à pousser. Oui, c'est long, éprouvant, et douloureux parce qu'ils ont baissé la péridurale pour que les contractions se rapprochent. Je l'ai senti passer et si certaines femmes attendent ce moment avec impatience, j'ai haï cette sensation, vraiment. Ils n'ont pas eu besoin d'utiliser d'instruments pour le sortir. 

Ce n'était pas mon souhait, je n'y avais pas vraiment pensé mais l'obstétricienne m'a pris les mains et j'ai pu récupérer moi-même mon bébé pour le poser sur ma poitrine. Je te racontais d'ailleurs ici quel moment incroyable c'était. Je l'ai eu cinq minutes sur moi avant qu'on ne l'emmène pour dégager ses voies respiratoires qui étaient bouchées. Pendant ce temps-là, l'obstétricienne est revenue me voir, et je m'attendais sincèrement à ce qu'elle me recouse tant j'avais eu mal, d'autant que mon bébé n'était pas un petit gabarit. Mais non, que nenni. Grâce, je pense, à ma préparation avec l'epi-no, je n'ai pas eu le moindre petit point de suture. 

Mais le papa a pu suivre, et dix minutes plus tard il était de nouveau contre moi. On est restés ainsi deux heures, seuls tous les trois sans que personne ne vienne nous déranger dans la salle de travail. Ensuite, le papa a pu les accompagner pour le laver et l'habiller, et il lui a donné son premier biberon. On est remontés tous ensemble dans la chambre, moi sur un fauteuil parce que j'aurais été bien incapable de marcher. 

J'étais tellement préparée à la catastrophe que la suite m'a tout autant surprise. Le soir-même, je pouvais me lever, marcher même si difficilement. Mon premier passage aux toilettes aura été légèrement désagréable, mais pas douloureux. J'avais pris 22 kilos pendant la grossesse, mon ventre était énorme, et pourtant quelques heures après seulement, il avait déjà énormément dégonflé. Les contractions post-partum pour que l'utérus retrouvent sa place ont été douloureuses, mais rien d'insurmontable. 

Je ne dis pas que mon récit est la norme, et je ne critique pas un seul instant celles qui partagent des expériences plus compliquées. J'ai eu une chance inouïe parce que tout, de A à Z, s'est merveilleusement bien passé. Je suis consciente de ma chance, bien-sûr, mais je tenais surtout à partager cette histoire pour qu'on sache, enfin, que l'accouchement n'est pas toujours terrible, que tout ne se passe pas nécessairement mal, que l'après n'est pas obligatoirement atrocement douloureux. J'étais dans une clinique géniale, où le personnel s'est merveilleusement occupé de nous.

Parce que oui, parfois, tout se passe bien

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