Et soudain tout change

par - 03 août


Je l'ai rêvé durant des années, depuis toujours peut-être, et nous l'avons attendu durant neuf mois qui m'ont paru interminables. Dieu que cette grossesse aura été difficile pour moi ! Je me suis demandée, cent fois, pourquoi nous faisions une chose pareille, si ce n'était pas trop tôt, qu'est-ce qui avait bien pu me pousser à vouloir vivre un tel calvaire. Plus la fin approchait, plus la crainte se mêlait à l'impatience. La peur de regretter, la peur de l'accouchement, de la douleur, la peur de mal faire, de ne pas savoir m'y prendre, la peur que quelque chose se passe mal. J'ai rédigé des dizaines de listes, préparé chaque détail avec une minutie presque paranoïaque, vérifié cent fois que rien ne manquait dans les placards. J'ai lessivé les murs et lavé les joints de carrelage comme si c'était la chose la plus importante au monde, comme s'il ne pouvait pas arriver avant que ce soit fait. J'ai lavé tous les vêtements jusqu'à ses six mois, je les ai rangés dans des paniers sur lesquels j'ai collé de jolies étiquettes pour ne pas m'y perdre. J'ai fait d'interminables recherches sur internet et dans les livres pour être sûre de penser à tout, d'être prête à tout.

Et pourtant, jamais je n'aurais pu être prête pour ça. 

Tout ce qu'on m'a dit est vrai. Toutes ces phrases entendues cent fois et que je prenais pour des clichés, ces choses dont je me moquais, qui me paraissaient insensées. Tout est vrai.

A la seconde où je l'ai entendu pousser son premier cri, à la seconde où sa main s'est refermée sur mon doigt, à la seconde où son petit corps chaud est venu se poser sur ma poitrine... J'ai tout oublié. La douleur insoutenable qui me transperçait le corps quelques millisecondes plus tôt s'était envolée. Les mains qui travaillaient encore entre mes cuisses ouvertes, le cordon tendu au père pour qu'il se charge de couper ce qui nous liait physiquement, le monde autour de moi n'existait plus. 

Je l'ai aimé instantanément, avec émerveillement et adoration, avec une force qui aujourd'hui encore me dépasse. Nous nous sommes reconnus, tous les deux, tous les trois. Il a reconnu mon odeur, le son de ma voix, les battements de mon cœur. Je le sais, je l'ai vu à la façon dont ses pleurs se sont apaisés lorsque je lui ai parlé. J'ai eu l'impression de le connaître depuis toujours, depuis neuf mois au moins, et j'étais estomaquée de ne pas en avoir pris conscience plus tôt. 

Il est né le 20 juillet, et depuis je n'ai pas regretté une seule seconde ma grossesse. Non, je ne suis pas triste de ne plus le sentir bouger dans mon ventre, de ne plus l'avoir pour moi seule. Parce qu'aujourd'hui je peux plonger mon regard dans ses grands yeux, je peux sentir ses mains serrer les miennes, l'entendre babiller, voir les sourires qui commencent à fleurir timidement sur ses lèvres. Et ça en valait la peine. La mélancolie, la dépression, les douleurs, la souffrance de l'accouchement. 

Il a suffit qu'il apparaisse pour que soudain tout change. 

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1 commentaires

  1. Comme c’est beau ce que tu écris ! On ressent tellement tout l’amour que tu lui portes.
    La maternité est un véritable raz de marée, à l’accouchement bien sûr où toutes nos certitudes et nos habitudes volent en éclat. Mais c’est un bouleversement qui dure, une métamorphose de tous les jours, plus discrète mais bien réelle.
    Bienvenue à ton fils !!!
    J’espère que tout se passe bien pour toi.

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